• Affanato (Episode 1)


     Flora est de loin la meilleure élève de mon Studio... En réalité elle en est à un point où je n'ai plus grand-chose à lui apporter, sa place devrait être désormais au Conservatoire Supérieur, mais ses parents ne l'entendent pas de cette oreille, tenant à ce que leur brillante fille unique fasse les études qu'il faut pour prendre plus tard leur relève à la tête de la florissante entreprise familiale. Je ne leur donne pas totalement tort car une carrière de pianiste serait, pour le moins qu'on puisse dire, aléatoire.

    J'avais néanmoins essayée maintes fois de lui conseiller un professeur de plus fort calibre mais, à chaque fois, je me heurtai à un refus catégorique, arguant qu'elle ne pourrait se faire à ce changement après dix ans de leçons hebdomadaires avec moi et que, de toute façon, elle ne nourrissait pas d'ambition professionnelle dans le domaine musical.

    Je ne tiens pas le compte des leçons mais par un calcul arithmétique simple, cela doit faire plus de quatre cents fois qu'elle est là, assise sur la banquette du vieux Bosendorfer. Nous sommes sur une des pièces les plus injouables écrites pour le piano, Scriabin Op.42 N.5... Flora, évènement rare, est en difficulté, s'énerve : les mesures refusent obstinément de s'enchaîner sans accroc. « Tu es tendue, Flora, assouplis ! » Comme je le fais avec mes jeunes élèves, comme je l'eus fait avec Flora même, lorsqu'elle était plus jeune, je pose ma main sur ses épaules, pour l'obliger à se concentrer sur cette détente nécessaire, mes élèves ont l'habitude de cette méthode : lorsque je sens de la tension dans une épaule, je donne une légère tape qui rétablit immédiatement la décontraction. C'est avec quelques secondes de retard que je réalise que ce geste a quelque chose d'incongru sur les épaules découvertes de celle qui est maintenant une jeune adulte. Mais je résiste à mon idée de retirer mes mains, qui donnerait encore plus d'importance à cette incongruité. Qui plus est, Flora se relâche comme prévu, par un processus de réflexe conditionné. Le passage difficile que nous répétons devient vite plus fluide. Je retire alors mes mains devenues inutiles.

    Flora se retourne vers moi et dit « C'est formidable, jamais je ne trouverai de meilleur prof que vous ! » Le compliment me va droit au cœur mais je lui réponds « Oh que si ! On en a déjà parlé plusieurs fois, mais bon... » Elle me fixe droit dans les yeux et dit mezza-voce : « Touche moi encore... ».
    - Qu'est-ce que tu dis ??
    - Tu as bien entendu : touche moi. J'aime tes mains sur ma peau.

    (A suivre)


  • Commentaires

    1
    Mardi 6 Février 2007 à 12:02
    A suivre...
    ... et bien attendons alors et faisons preuve de patience en relisant encore...
    2
    Mardi 6 Février 2007 à 12:07
    c'est genre
    teasing ;-)
    3
    Mercredi 7 Février 2007 à 15:57
    oui
    touches moi dit elle! les mains se promenant sur un corps qu'y a t-il de plus beau? baisers mon Gorille
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